Je suis nulle. Voilà en substance ce que je pense de moi ou plutôt ce que ma petite voix intérieure n’arrête pas de me répéter. Même quand je réussis. Non, en fait, surtout quand je réussis. Pourquoi? Parce que je souffre du syndrome de l’imposteur.

Syndrome de l’imposteur: Kézaco?

La notion a été mise en avant en 1978 par deux psychologues qui ont par la suite déploré le terme ‘syndrome’ qu’elles n’avaient jamais utilisé. En effet, elles ont parlé d”expérience‘ (NB: je continuerai malgré tout à utiliser ‘syndrome’ car c’est le terme le plus utilisé). Pourquoi est-ce important? Parce qu’à la différence de ‘syndrome’ qui fait penser à une maladie (donc par définition quelque chose que l’on ne peut pas éviter), ‘expérience’ montre bien que tout le monde peut un jour ou l’autre connaître un épisode de ce genre. Et quand on sait qu’environ 70% de la population a connu ou connaitra un jour ce problème, on comprend mieux ce qu’elles voulaient dire. En plus, le terme ‘expérience’ offre un message plus positif: il peut s’agir d’une simple passade, un événement dans la vie dont on se remet. Pas une fatalité!

Les personnes souffrant du syndrome de l’imposteur ont l’impression de ne pas mériter ce qui leur arrive. On parle bien ici de personnes qui ont du succès dans les domaines professionnel, personnel, sportif, artistique… Malgré des succès évidents, elles pensent que ces derniers sont dus non pas à leur talent ou leur intelligence mais à des circonstances extérieures, à la chance. En gros, elles se sentent nulles, se disent qu’elles ne sont pas à leur place et sont persuadées qu’un jour tout le monde s’en rendra compte et que ce sera la honte.

Le syndrome dans ma vie!

J’en suis le parfait exemple. Pendant mes études, j’ai toujours réussi mes examens, je n’ai d’ailleurs jamais redoublé. Mais à la fin de chaque interro, de chaque partiel, chaque examen et concours, je n’étais jamais satisfaite de moi. Certains camarades étaient exaspérés par mon attitude, pensant que je cherchais à me faire plaindre ou à attirer l’attention sur moi. Mais non, j’étais réellement persuadée que j’allais échouer car à mes yeux, j’étais nulle! J’ai eu la même sensation lorsque j’ai obtenu un nouveau poste (dans l’éducation supérieure, les professeurs sont recrutés sur CV et entretien): ils me choisissaient mais allaient forcément se rendre compte de leur erreur par la suite!

Ce syndrome fait surtout surface à des moments clés de la vie, des périodes de transition où l’on doit faire ses preuves et montrer sa légitimité: entrée dans les études supérieures, promotion, arrivée d’un enfant…

L’impression de porter un masque…

Syndrome de l’imposteur: quelles conséquences?

Se répéter sans arrêt ou presque qu’on est nul, qu’on ne mérite pas sa place, qu’on n’est pas un bon parent, qu’un jour ou l’autre la terre entière s’en rendra compte, forcément, ça n’offre pas une vie très sereine!

Plusieurs conséquences. D’abord ça fragilise. L’estime de soi est au plus bas et cela peut entrainer des troubles anxieux. De plus, la personne peut mettre en place des mécanismes de défense ou d’évitement en refusant une promotion ou en ne passant pas un examen qu’elle pourrait pourtant réussir. Le risque est grand de passer à côté de sa vie!

A l’inverse, ce syndrome de l’imposteur peut pousser les gens à se donner à fond, à travailler encore plus que nécessaire pour se prouver et prouver aux autres qu’elles méritent réellement leur place. Forcément, Mr Burnout ne mettra pas longtemps à pointer le bout de son nez. C’est ce qui m’est arrivé dans mon rôle de mère. Ne me sentant pas à la hauteur, j’ai voulu en faire trop et je me suis perdue. J’ai la même attitude au travail, ce qui n’arrange rien et ce qui a entrainé mon burnout mixte.

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Syndrome de l’imposteur: les femmes plus touchées?

Syndrôme de l’imposteur: les femmes plus touchées?

Il y a débat sur ce point. Certains pensent que les hommes sont autant touchés que les femmes. Mais une étude américaine de 2018 estime que les femmes sont plus touchées par le syndrome de l’imposteur. Quand on leur demande de s’auto-évaluer, elles sont très souvent plus dures envers leurs compétences que les hommes, plus exigeantes envers elles-mêmes! Les femmes ont du mal à sortir du rôle dans lequel la sociéte ou leur famille les a enfermées et ont tendance à culpabiliser si elles y arrivent comme j’en parle dans mon article Vis ma vie de femme: entre pression et culpabilité.

Je me reconnais bien dans ce triste constat. Je viens d’une famille ou l’on considère encore que les garçons sont intelligents et les filles bosseuses. J’ai toujours voulu être prof mais quand j’évoquais ce souhait, combien de fois ai-je entendu ‘ah, prof, c’est un bon métier pour une femme, tu pourras t’occuper de tes enfants comme ça’! Et je pense malheureusement que je ne suis pas la seule. Il n’y a qu’à voir la sous-représentation des filles dans les hautes études scientifiques!!

Syndrome de l’imposteur: quelles solutions?

Comme je le disais au début, ce n’est pas une maladie! On peut s’en sortir, ouf! Pour cela, il existe plusieurs pistes.

  1. Se rendre compte que l’on souffre du syndrome de l’imposteur en identifiant les voix négatives et leur provenance.
  2. Identifier ses propres valeurs et se défaire des valeurs de la société comme l’explique cet article.
  3. Identifier ses points forts et ses points faibles. Cela peut paraitre paradoxal de parler de points faibles mais cela permettra de se dire “ok, j’ai des points faibles, c’est normal. Est-ce que je peux les améliorer? Oui, je le fais. Non, alors j’accepte et je me concentre sur mes points forts”.
  4. Lister ses réussites passées et ses échecs ou déceptions. Ici, on essaiera de voir ce que ces ‘échecs’ nous ont appris.
  5. Arrêter de chercher le perfectionnisme à tout prix et être ainsi bienveillant envers soi-même. J’essaie au quotidien d’arrêter d’être une maman perfectionniste.
  6. Arrêter les comparaisons: chacun est différent et attention aux apparences! Elles sont souvent trompeuses!!
  7. Accepter les compliments.
  8. Se fixer des objectifs atteignables pour se redonner confiance si on est plutôt dans la stratégie de l’évitement.

Si vous voulez savoir si vous souffrez de ce syndrome de l’imposteur, je vous invite à faire ce test officiel. Il est positif? Pas de panique! Appliquez les quelques règles que je vous ai données ou bien faites-vous aider par un thérapeute ou un coach qui vous aidera à dépasser vos pensées limitantes!

Bonne exploration!

1 Comment

  1. Ah ben voilà! C’est donc ça! Tu viens de mettre des mots sur ce que je ressens souvent.
    L’échec ou la non-réussite est difficile mais le succès est angoissant. Il nous met en position de faiblesse car il est finalement plus facile de remonter de bien bas, on se dit que le positif nous attend, que risquer de tomber de bien haut! Et quand on n’est pas sûr(e) de soi, on pense forcément qu’on va chuter.
    Merci pour cet article!

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