Cela fait un petit moment que cet article trotte dans ma tête et à présent que j’ai passé la barre des 40 ans (aïe, aïe, aïe, ça fait mal) je me rends mieux compte de certaines choses et notamment du manque de préparation des femmes lorsqu’elles font le choix de devenir mamans.

Il y a la préparation à l’accouchement. Je ne vais pas ouvrir le débat mais pour moi, cela n’a servi à rien car le jour J, j’ai fait ce que j’ai pu et tout ce que j’avais ‘appris’ pendant ces cours m’est totalement sorti de la tête (c’est dingue comme des contractions et une salle remplie d’étrangers qui regardent une partie de votre anatomie de trop près peut changer l’ordre des priorités!)

Avec du recul, je me dis que j’aurais aimé avoir bénéficié d’un accompagnement pour savoir à quoi m’attendre en devenant maman.

Je ne parle pas de cours pour apprendre à changer des couches ou à donner le biberon ou le sein. Non, je parle d’un accompagnement pour dire à quoi s’attendre réellement niveau fatigue et contraintes, un genre de cours de prévention au burnout.

Pour moi, les femmes subissent une double peine.

Première peine pour les femmes: leur carrière stagne

La plupart d’entre nous devenons mamans dans nos 30 ans (je dis bien la plupart). Entre 30 et 40 ans, c’est la période pendant laquelle les carrières professionnelles prennent leur envol, où les premières belles promotions se présentent. Souvent les femmes n’ont pas cette opportunité quand elles ont ou veulent des enfants. Soit parce qu’on ne leur offre pas ces promotions en se disant qu’elles ne pourront pas tout assumer, soit parce que elles-mêmes s’auto-limitent car elles se disent qu’elles ne pourront pas tout gérer.

Les femmes qui font le choix de continuer de travailler se retrouvent donc parfois écartées et voient leur carrière se mettre en pause alors que leurs collègues masculins gravissent les échelons.

Malgré tout, même si elles ne gravissent pas d’échelons, elles se retrouvent très vite débordées par le rythme effréné qu’exige le jonglage entre vie pro et vie perso. Elles accumulent la fatigue et la charge mentale croît de jour en jour.

Les voilà tiraillées entre leur carrière et leur rôle de maman.

Deuxième peine pour les femmes: tout concilier

Lorsque je me suis rendu compte que j’étais en train de me noyer et que je n’arrivais plus à tout gérer, j’ai commencé à en parler autour de moi. J’évoquais mon épuisement, le fait que je n’y arrivais plus. Et pratiquement à chaque fois j’avais droit à la même réaction:

Mais tu ne vas pas t’arrêter quand même! Tu as fait des études, et puis après tu ne pourras pas revenir! Et pense à ta retraite! Ah oui, et puis tu ne vas pas dépendre de ton mari! Moi tu sais je connais une telle, eh ben, son mari l’a quittée à 50 ans, les enfants sont partis, elle se retrouve toute seule, sans boulot, elle regrette!

Voilà, voilà. Qu’est-ce qu’il me restait à faire? Ravaler ma fatigue, prendre des vitamines et repartir au combat…euh pardon, au travail!

J’ai demandé un temps partiel et quand je l’ai obtenu, j’ai ressenti un grand soulagement mais également un peu de rancœur car au fond, je sentais que j’étais forcée de choisir de mettre ma carrière entre parenthèses. C’est ce que j’évoque dans mon article Le goût amer du temps partiel.

J’ai ressenti une profonde injustice et je me dis que l’on ment aux jeunes filles. On leur dit ‘fais des études’ qu’elles réussissent généralement très bien d’ailleurs. On leur dit ‘fais une belle carrière et sois indépendante’. Très bien. En même temps, quand l’âge approche, on leur dit ‘alors le bébé, c’est pour quand?’ Donc si je résume, une femme doit faire de belles études, être indépendante, avoir des enfants (et bien s’en occuper bien sûr) et tout ça dans une société qui n’offre pas l’égalité entre les hommes et les femmes (au niveau du congé parental par exemple ou des discriminations au sein des entreprises)? Et on fait comment alors? Il n’y a pas un problème quelque part?

L’accompagnement dont je rêve

Je me dis que j’aurais aimé que l’on me décrive honnêtement la réalité qui m’attendait. Je pense que cela m’aurait aidé à prévenir le burnout.

Ce que j’aurais aimé:

  • apprendre à me connaitre, connaitre mes ressources, mes limites. Je ne savais pas que j’étais hypersensible. Quand on est hypersensible, on est plus rapidement fatigué, on a besoin de silence et de moments à soi régulièrement. J’aurais compris que le perfectionnisme et la maternité ne font pas toujours bon ménage.
  • apprendre à trouver les ressources extérieures: des personnes qui peuvent m’aider (cela peut vous paraitre évident si vous avez de la famille ou des amis proches mais ce n’est pas le cas de tout le monde).

Je sais que cet article va choquer. Je peux déjà imaginer les réactions de mes détracteurs:

Quand on a des enfants on assume. Avoir des enfants ce n’est pas un travail, pas la peine de s’y préparer. Et puis quoi encore, la prochaine fois elle va nous dire qu’il faut un permis pour avoir des enfants?

Je sais que je ne suis pas la seule à ressentir une forme d’injustice face au double langage de la société, avoir une carrière et être une bonne mère. Bien évidemment, je rêve d’un société dans laquelle il n’y aurait aucunement besoin de préparation pour les futures mères. Ce serait une société où l’égalité femmes-hommes serait parfaite, où le congé paternité serait le même que celui pour les mères, où les entreprises ne stigmatiseraient pas les parents qui doivent partir à 16h pour aller chercher les enfants à l’école.

Mais en attendant que ce rêve devienne réalité, je pense qu’il faut préparer les femmes à l’idée que oui elles peuvent tout avoir mais peut être pas en même temps.

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