Je voulais écrire sur ce sujet depuis un moment mais je ne m’en donnais pas le droit:

  • parce que je ne voulais pas blesser les (vraies) mamans solos, les warriors qui élèvent seules leurs enfants, qui n’ont pas de partenaire qui leur remonte le moral le soir (même tard) et le weekend, celles qui n’ont pas besoin qu’on leur donne une définition de la ‘charge mentale’ car elles sont LA charge mentale…
  • parce que je me sens coupable de me plaindre, encore et toujours alors que je sais que sur le papier j’ai tout pour être heureuse: un mari aimant, deux garçons en pleine forme et qui sont merveilleux, un boulot (que je n’aime pas tous les jours mais au moins je gagne ma vie)…
  • parce que plein d’autres personnes vivent ce que je vis sans se plaindre et que je me sens faible
  • parce qu’en épousant mon mari, je savais que son travail était prenant, parce que c’est moi qui ai insisté pour avoir un deuxième enfant…

Mais voilà. Hier, jour de la rentrée des classes, j’ai craqué. Je me suis retrouvée dans la salle de bain en train de pleurer. Pourtant, la rentrée s’est très bien passée pour mes garçons. Pourtant le retour à mon travail s’est bien déroulé. Pourtant….

Alors pourquoi ai-je pleuré, toute seule? Pourquoi ai-je craqué?

Parce que je suis épuisée, tout simplement et parce que j’ai peur de ne pas y arriver. J’angoisse de voir une nouvelle année recommencer, de voir les jours défiler avec la fatigue qui s’accumule petit à petit, sournoisement. Non, pas encore, s’il vous plait. Je ne suis pas prête.

Mon mari rentre tard tous les soirs à cause de son travail très prenant et je ne supporte plus. Je ne supporte plus de l’entendre passer la porte juste quand je viens d’enchainer toutes les corvées du soir. Mon coup de blues commence à 18h30 lorsque j’entends les portières claquer dans ma rue, signe que les gens rentrent chez eux.

En écrivant ces quelques lignes, je suis envahie d’un énorme sentiment de culpabilité: mon mari est la personne la plus bienveillante et la moins égoïste que je connaisse. Je sais qu’il fait tout ce qu’il peut pour m’aider et que ça lui fait mal de me voir souffrir. Même après ses 11 heures de travail, il trouve la force de faire la vaisselle ou remplir les documents pour l’école alors que je suis avachie sur le canapé en mode ‘je suis une maman, sortez-moi de là’!

Je sais que beaucoup me diraient: ‘mais enfin ma belle (oui, ils utiliseraient le vil stratagème de la flatterie) tu savais bien où tu mettais les pieds en ayant des enfants avec lui! Tu connaissais son métier!’

Oui, en effet, je le connaissais, comme on ‘connait‘ le code de la route version papier mais on le ‘connait’ tout de suite moins bien un volant entre les mains. Je ne me doutais pas que ça allait être si dur. Je voyais les femmes autour de moi gérer magnifiquement leur carrière et leurs enfants sans prendre une ride et en gardant leur silhouette de jeune fille…. Je ne voyais pas que leur vie était photoshoppée pour être instagrammable!

C’est la raison pour laquelle j’ai longtemps hésité avant d’écrire sur ce sujet: je pense que les gens ne vont pas forcément comprendre. Ils voient que j’ai un mari qui fait ce qu’il peut mais ils ne voient pas ma solitude du soir, toute ma fatigue accumulée. Ils ne comprennent pas comment je peux oser me plaindre alors que j’ai beaucoup de vacances et pas lui (oui mais les vacances avec des enfants ben c’est pas vraiment du repos…). Et en plus, je suis à temps partiel! Quelle honte de se plaindre…

Alors je cherche des solutions: d’abord j’ai décidé d’en parler ici, pour moi et pour d’autres qui sont dans la même situation que moi et qui culpabilisent peut-être d’en vouloir à leur mari. Je vais aller voir une psy pour encore plus en parler et m’aider à évacuer cette rancœur. Je pense faire appel à une babysitter de temps en temps en essayant de ne pas culpabiliser encore plus…

Il ne me reste plus qu’à appuyer sur le bouton publier. Mon doigt tremble….j’y vais

12 Comments

  1. Coucou. Ton article m’a émue. Je sens que tu es forte et en même temps fragile. Mais qui ne le serait pas. Tu as une vie bien remplie par ton travail, ton métier de maman de femme. C’est pas simple !
    Comment ne pas faiblir et avoir peur de faire mal. Je pense que beaucoup de n’ose pas parler de leur fatigue car pourquoi serait ont fatiguée d’être maman, entourée d’amour, avec des devoirs et des tâches quotidiennes qui s’enchaînent. Tu a sle droit de craquer.
    Jaime ta façon d’écrire tes émotions et ton ressenti. Je ne suis pas maman mais je pense pouvoir comprendre que tu puisses être à bout. On culpabilise de culpabiliser mais on oublie qu’on a le droit de lâcher prise et de pleurer quand y’a besoin.
    On peut avoir la vie qu’on a toujours voulu, on sait et on assume les choix que l’on fait. Les ” tu le savais ”… Je n’aime pas ça. Heureusement que l’on sait… Mais personne n’est devin, on sait ce que l’on fait, ce que l’on projette de faire. Mais on ne sait pas l’issue de nos choix tant qu’on ne les vit pas
    Moi je te dis ” chapeau ” pour tout car rien n’est simple, et tu avances quand même.
    Je sais pas si j’aurai exprimé ce que je voudrais dans ce commentaire mais je voulais te dire que tu n’as rien à te reprocher

    • Un énorme merci pour ton si gentil commentaire! A mon tour d’être touchée par tant de bienveillance… Oui tu as raison, je dois accepter de lâcher prise et de me laisser aller de temps en temps. Reconnaitre de ne plus y arriver n’est pas une honte. J’ai encore du travail mais je vais tout faire pour y arriver! Encore un énorme merci!

  2. Je te comprends tellement aussi… et de même, j’ai du mal à en parler, en me disant effectivement que c’est tellement plus dur pour les mamans vraiment solos ! Et puis il y a des hauts et des bas, on a parfois l’impression de tout gérer… avant de craquer quelques jours (minutes?) plus tard… Bon courage à toi

    • Merci beaucoup! C’est exactement ça: parfois je me réveille en me disant “ça va aller” et puis 5 minutes après je me retrouve à hurler sur mes enfants… De vraies montagnes russes! Alors on s’accroche et on se dit que ça va aller! Bon courage à toi aussi!!

  3. Je te suis depuis quelques temps et tes posts courageux. Moi qui ait honte de ne pas m’en sortir avec mon petit garcon adorable.
    Alors je te comprends… en dépression je suis presque seule, et comme toi je culpabilise de ne pas m’en sortir alors que j’ai un mari peu présent mais la parfois et qui me laisse souffler de temps en temps.
    Je n’ai en plus qu’un enfant adorable. Et en plus je ne bossait pas et pourtant c’est dur…
    L’épuisement c’est prolongé puis la dépression c’est installé insidieusement avec des crises de larmes de plus en plus souvent. Être maman c’est le plus beau rôle de ma vie je le voulais et pourtant je n’y arrive pas.
    J’ai abandonné mon petit à la creche pour son bien être et le mien et je reprend une activité sociale pour reprendre mieux. Parce que je ne suis pas parfaite, je ne suis pas la maman que je rêvais d’être…
    mon fils mérite milles fois mieux mais il fait assume et assure et s’efforcer de faire de mon mieux. Alors j’espère pouvoir à mon tour t’aider à deculpabiliser tu m’aide tant !

    • Mille mercis pour ton commentaire! Savoir que je t’aide (un peu) me remplit de joie! Mais c’est grâce à des commentaires comme les tiens que je suis aidée moi aussi! Merci pour ta bienveillance. A mon tour de t’envoyer une tonne de courage pour arriver à surmonter ta dépression. Le fait que tu arrives à mettre des mots dessus me prouve déjà que tu as fait un bon chemin vers la guérison. Non tu n’es pas parfaite, personne ne l’est!! Il faut qu’on arrive à se mettre ça dans le crâne et arrêter de regarder chez les autres: tout le monde en bave mais peu en parlent… Courage et je suis là si tu as besoin!
      ps: tu n’abandonnes pas ton fils à la crèche! C’est normal que tu prennes du temps pour toi et la séparation est toujours saine

  4. J’ai vécu cette situation et oui, c’est difficile. Bien sûr que c’est différent de ce que vivent les mamans solos mais ça n’en reste pas moins difficile. Jusqu’aux six mois de la benjamine, mon mari rentrait au plus tôt à 21h. On avait notre petit rituel, on lui téléphonait au bureau pendant notre dîner et il souhaitait bonne nuit aux enfants. Il les voyait un peu le matin mais surtout le week-end… sauf qu’il était bien fatigué et pas toujours patient.
    Être la seule à gérer les rv médicaux, les sorties d’école, les devoirs, les activités extra-scolaires, la préparation du dîner, le dîner, le coucher, etc., c’est épuisant ! Notre solution a été d’embaucher une baby-sitter deux soirs par semaine jusqu’au premier anniversaire de la benjamine et qu’il change de travail. Il en avait envie aussi, il voulait voir ses enfants plus qu’une heure par jour, on a été patient et il a trouvé un emploi très intéressant à 10 minutes de la maison… Mais il a perdu en salaire ! On ne peut pas tout avoir.
    Bon courage et j’espère que vous trouverez des solutions.

    • Merci beaucoup! Oui l’option de la babysitter est quelque chose à laquelle je pense. J’ai déjà réussi à les inscrire au centre aéré les 2 prochains mercredis après midis sans ‘trop’ culpabiliser, un exploit pour moi! J’y vais petit à petit mais je vais réussir à trouver un équilibre! Bon courage à toi et merci pour ta présence bienveillante

  5. Je me retrouve beaucoup dans ce que tu écris: 2 enfants, même boulot, mêmes vacances, temps partiel aussi, chéri qui rentre tard et qui fait malgré tout son maximum pour m’aider… Si j’avais su aussi bien écrire que toi j’aurais pu écrire ces lignes! Je me sens moins seule, merci pour ton article!

    • Merci, ton commentaire me va droit au coeur. Je te souhaite beaucoup de courage pour affronter cette situation si difficile à vivre… Et n’hésite pas si tu veux échanger, je suis là

  6. Tu es dure avec toi-même. Etre maman de deux enfants, c’EST dur, peu importent les horaires du papa. Mon compagnon a des horaires normaux, il part le matin vers 8h et rentre à 19h. Rien d’insupportable. Pourtant, avec ma pile de deux ans et demi et mon nourrisson RGO+++, je craque bien souvent. Parce que je suis seule à jongler avec les horaires de chacun, à gérer la logistique à côté (courses, ménage, lessives, paperasse), seule à voir souffrir mon petit, seule à traverser une première partie du tunnel du soir. Pourtant, j’ai un compagnon aimant qui ne rechigne pas à faire sa part une fois rentré. Mais être maman, c’est crevant, tu as bien le droit de le dire!

    • Oh merci beaucoup! ça me fait du bien de lire ton commentaire! Oui je sais que je suis ma pire ennemie souvent… Je veux trop en faire pour tout le monde et je m’oublie. Je dois travailler là dessus. Encore merci et à bientôt

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