Si vous ne connaissez pas cette maladie, vous avez bien de la chance. Cela veut dire que vous acceptez votre corps, avec ses qualités et ses défauts. Ce n’est malheureusement pas mon cas.

Qu’est-ce que la dysmorphophobie?

C’est un trouble psychologique caractérisé par une préoccupation ou une obsession excessive concernant un défaut dans l’apparence. C’est une maladie à part entière qui touche 1% ou 2% de la population mais elle reste méconnue.

Les individus souffrant de cette maladie ont la certitude inébranlable d’avoir le visage ou une partie du corps monstrueux. Ils ont une image d’eux-mêmes déformée et ont peur d’être rejetés à cause de cela.

Le plus souvent la tête et le visage sont au cœur des préoccupations. Pour ma part, mon obsession porte davantage sur mon corps dans sa globalité. Je me suis toujours trouvée trop grosse. Adolescente, j’étais effectivement en surpoids. Et c’est là que tout a commencé comme pour la plupart des malades d’ailleurs.

La puberté est un facteur de risques. Le corps change, les hormones rentrent en jeu. La détresse de l’ado ne doit pas être sous-estimée et l’entourage doit rester vigilant. Malheureusement, mon entourage ne s’est pas soucié de mes problèmes même lorsque j’ai supplié qu’on m’emmène voir une diététicienne pour m’aider à perdre du poids ou lorsque je me traitais d’éléphant devant le miroir…

J’ai perdu ce poids que j’avais en trop. Ce que je vais dire va vous paraître très paradoxal: je sais que je ne suis pas obèse et lorsque je calcule mon IMC, je vois noir sur blanc que je ne suis même pas en surpoids. Oui mais voilà, mon cerveau ne me renvoie pas cette image lorsque je me regarde dans la glace.

D’ailleurs, il est intéressant de noter que le médecin K.Phillips, spécialisée dans cette maladie, a présenté ses études dans un ouvrage s’intitulant ‘Broken Mirror‘ (le miroir brisé) et le psychiatre français, Pr J.Tignol divulgue ses travaux dans son livre ‘Les défauts physiques imaginaires‘.

Les défauts sont imaginaires mais la souffrance, elle, est bien réelle.


Quelles en sont les causes?

Les causes sont encore mal connues. On sait qu’il y a des facteurs de vulnérabilité dans le patrimoine génétique mais aussi dans la vie elle-même de la personne, son entourage, ses amis, les petites remarques des uns et des autres.

Comme je l’évoquais un peu plus haut, l’adolescence est une période à risque. On sait que les ados peuvent ne pas être tendres entre eux. Et quand on est hypersensible comme moi, les remarques, même anodines, prennent tout de suite des proportions démesurées (vous pouvez retrouver mon article sur l’hypersensibilité ici).

L’éducation joue un rôle prépondérant. Si l’enfant ou l’adolescent n’est pas dans un environnement bienveillant, cela va accentuer le mal-être. Ça a été mon cas…

Mais ce n’est pas tout. Le contexte actuel à travers les publicités et les clips vidéos montrant et utilisant à l’excès les corps de femmes dénudés et tous retouchés “exalte des images du corps inatteignables” selon le Pr Jean Tignol. Cela favorise l’apparition de complexes, qui chez les sujets plus sensibles, peuvent se transformer en obsessions.


Au quotidien, ça donne quoi?

Il existe plusieurs symptômes. Je vais parler des miens. Pendant très longtemps, je ne pouvais absolument pas me regarder dans une glace. Je me suis lavé les dents dans le noir durant de nombreuses années. Mais parfois, cela peut paraître paradoxal. En effet, lorsque je dois me préparer pour une soirée et que j’essaie de me faire belle, je peux passer un long moment devant le miroir, comme pour essayer de me rassurer. Mais plus je passe de temps devant le miroir, et plus je me trouve moche. Je finis souvent par me changer et enlever du maquillage.

J’ai souffert de tendances boulimie/anorexie étant ado et j’ai fait souffrir mon corps. L’autre jour, en me promenant, j’ai vu une jeune fille devant moi qui me tournait le dos, et j’ai vu qu’il était parfait, sans trace. Pourquoi je parle de cela? Parce que le mien est couvert de cicatrices, traces indélébiles de la souffrance que je lui ai imposé, comme pour me venger. J’ai choisi une partie peu visible…

En faisant des rechercher pour écrire cet article, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de chance car 70% des personnes souffrant de cette maladie vivent seules, 60% sont sans travail. 70% ont (ou ont eu) des idées suicidaires et 20% ont fait des tentatives de suicide. 20% se font opérer par un chirurgien esthétique.

Moi, je suis mariée à un homme formidable qui me trouve belle et qui me le dit presque tous les jours. Il fait son maximum pour me rassurer et m’apporte cette bienveillance que je n’ai pas eue petite. J’ai un travail et je n’ai jamais tenté de mettre fin à mes jours. Par contre, j’ai très envie de me faire opérer et je n’écarte pas de le faire un jour.

Mon poids est une obsession au quotidien et je déteste me voir dans un miroir ou bien en photo. Lorsque je peux faire du sport, je gère mieux ce malaise permanent. Mais en ce moment je suis blessée et c’est très compliqué. Je déteste acheter des vêtements et finit souvent en pleurs dans les cabines d’essayage. Me mettre en maillot de bain est un calvaire.

J’essaie de m’en sortir. J’ai fait des psychothérapies. Depuis que je suis devenue maman, je me trouve un peu plus sympa avec moi-même car moins auto-centrée.

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article. J’espère sincèrement qu’il pourrai aider certaines personnes à se sentir moins seules face à cette maladie et à leur prouver que malgré tout, on peut vivre avec et même devenir maman!

8 Comments

  1. Bonjour,

    Ça fait très peu de temps que je connais cette maladie. Je me demande si j’en souffre mais après avoir lu ton article, j’ai trouvé beaucoup de similitude..
    Encore aujourd’hui je ne porte que des pantalons car je souhaite cacher autant que possible mon corps.
    Adolescente, je les cachais derrière de large baggys.
    En été, même sous la canicule tu ne me verras pas en robe ou short…

    Mon corps est mon boulet. Enfin.. la vision que j’ai de mon corps est un boulet..

    • Bonjour et merci pour ton commentaire. Effectivement, ce que tu décris se rapproche de cette maladie. J’espère sincèrement que tu trouveras des solutions pour commencer à accepter ton corps avec ses défauts peut être mais aussi toutes ses qualités que tu ne vois plus!

  2. Moi, c’est mon visage. Je me suis toujours trouvée moche alors qu’objectivement, je sais que je suis plutôt mignonne…Mais voilà, je vois que les défauts. Je sais d’où ça vient, j’ai appris à vivre avec mais plus jeune, je suis arrivée à un point où je ne me reconnaissais tellement l’image de mon visage que j’avais en tête ne correspondait pas à la vraie moi. Bref, une cochonnerie.

    • Bonjour et merci pour ton commentaire. Oui comme tu dis, c’est une vraie cochonnerie!! Moi non plus je n’aime pas mon visage alors que beaucoup me disent que je suis jolie… C’est vraiment pesant et on a l’impression de passer à côté de sa vie un peu… même si moi cela ne m’a pas empêché de me marier et d’avoir des enfants. Donc il y a de l’espoir. Je te souhaite de retrouver une certaine légèreté et de devenir moins dure avec toi même. A bientôt

  3. Bonjour. C est terrible de lire dans les mots des autres ce que l on ressent soit meme. Je me lave les dents dans le noir. Je n allume pas pour me doucher. J’ai du mal à me mettre de la creme sur le corps que je n’aime pas sentir mon enveloppe corporelle.
    Aller chez le coiffeur, avoir un miroir en face de moi pendant 30 min c’est dur.. je l’ai meme dit a ma coiffeuse afin qu’elle ne s’étonne pas de mon comportement. Je ne me mets plis en maillots de bain depuis des années. Cela fait souffrir mon fils de ne pas partager la piscine avec lui.
    Je ne suis absolument pas grosse, 49 kg pour 1,59. Mais je me scrute je me trouve molle alors que je suis musclée. Je fais du sport mais je me sens mal dans mon corps. Parfois en hiver je reste avecc mon manteau chez moi pour etre cachee dedans, meme chez moi…
    Jai ete anorexique, boulimique. Jai rencontré mon mari (divorcé depuis) alors que j’étais au plus du’poids que j’ai fait (59kg)
    Cest dur d’être ainsi. Moi mon obsession ce sont mes yeux mes paupières que je trouve gonflée, bouffies . Cest tres douloureux cette souffrance morale…

    • Bonjour et merci pour ton commentaire qui m’a bouleversé. Je dois même avouer que j’ai eu les larmes aux yeux en le lisant. Je retrouve la violence dont je fais preuve à mon égard et quand je la vois chez quelqu’un d’autre, je la trouve insupportable. Je me dis que nous sommes nos pires ennemies et que nous ne ferions subir cela à personne d’autre. Alors pourquoi sommes-nous si dures avec nous mêmes??? Je vais essayer des techniques. Peut être aurai je quelque chose à partager avec vous… Courage à toi !!

  4. C’est courageux d’aborder ce thème. J’ai voulu en parler plusieurs fois sur mon blog mais je ne trouve pas les mots. J’ai le même problème que toi. Petit surpoids adolescente, je suis tombée dans les TCA et même si je m’estime guérie depuis 7 ans maintenant, je ne suis pas en paix avec mon corps, je me trouve grosse, difforme, alors qu’on ne cesse de me dire que je suis toute fine. La grossesse est notamment une étape compliquée sur ce plan-là, j’accepte difficilement la prise de poids, me trouve littéralement monstrueuse, là où les médecins me disent que j’ai de la marge. C’est très difficile d’enlever ces verres déformants intégrés à ses yeux. Je suis aussi hypersensible, il y a probablement un lien…

    • Merci beaucoup pour ton commentaire et désolée de voir que toi aussi, tu souffres de cette maladie. Oui effectivement, je pense qu’il y a un lien entre l’hypersensibilité, le perfectionnisme et ce trouble… Courage à toi!

Write A Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.