J’ai longtemps hésité à écrire cet article car il traite d’un sujet que je pensais très (trop?) personnel. Mais à force d’en parler avec des amies, je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à ressentir cette sensation de solitude. D’ailleurs, j’ai récemment vu qu’un sondage en Grande-Bretagne auprès de 2000 mères a révélé que 90% d’entre elles se sentent seules depuis qu’elles sont devenues mères et 54% ont le sentiment d’avoir peu ou pas d’amis.

Quelle solitude?

Allez, je vais faire ma prof 2 secondes! En anglais, il y a 2 mots pour décrire le sentiment de solitude: “alone” qui veut dire être seul physiquement et “lonely” qui est la solitude que l’on ressent même si on est au milieu de 100 personnes.

Selon moi, devenir maman entraîne les 2 sentiments.

“Alone”

Si vous recherchez sur Internet des articles traitant de la solitude des mamans, vous n’allez trouver pratiquement que des sujets traitant de ce sentiment là, surtout par les jeunes mamans.

En effet, le congé maternité peut être mal vécu. Certes, toutes les femmes qui viennent de donner la vie savent qu’elles ont besoin de se reposer. Mais nous ne sommes pas toutes ravies de nous retrouver coupées de notre vie d’adulte. A la fin d’une journée classique passée avec bébé, il n’est pas rare qu’une maman n’ait pas eu une seule conversation avec un adulte.

Si en plus la maman n’a pas de famille sur place pour l’épauler, l’isolement est encore plus dur. Quant aux ami(e)s, c’est quitte ou double. S’ils n’ont pas encore eu d’enfants, on se rend vite compte que les choses ont changé. Les invitations se font rares. Pas de méchanceté, juste des rythmes de vie qui changent et des sujets de conversation qui se raréfient. Et s’ils ont des enfants, eux-mêmes sont fatigués et très occupés. Pas évident de se voir.

Lonely

Je pense que ce sentiment est le plus présent dans la vie des mamans et pas seulement au début. Et malheureusement, on n’en parle pas. Pourquoi? Parce qu’encore une fois, c’est tabou.

Lorsque l’on devient mère, souvent (dans les cas les plus heureux) l’enfant a été désiré. Alors comment oser se plaindre de quelque chose que l’on a souhaité? Et en plus, se plaindre de passer du temps avec un si merveilleux petit ange? Vous n’y pensez pas!!! Oui sauf que c’est pas toujours très fun de passer sa journée à faire des areuh-areuh et de nettoyer les couches. Je ne sais pas vous, mais moi, si jamais j’osais parler d’ennui ou de sentiment de mal-être, j’entendais clairement dans la voix de mon interlocuteur

Tu voulais un enfant? Ben assume maintenant et tais-toi!

Et l’ironie est que ce sentiment de solitude arrive au moment où justement la maman n’est plus jamais seule, même aux toilettes!!

Mais au-delà de ce sentiment de solitude du début dont on parle souvent, je voudrais parler de ce ressenti qu’une maman peut garder, même quand elle a repris le travail et même si elle est apparemment bien entourée.

La pression de la société

Ce sentiment de solitude peut venir du poids que fait peser la société sur les épaules des mamans.

Quand on se promène sur les réseaux sociaux, on a souvent l’impression de moins bien y arriver que les autres! Mais ce point est facile à corriger: arrêter d’aller sur les profils de mamans parfaites, un point c’est tout (cf mon article Les femmes sont-elles masos?)

Mais malheureusement, même dans la vie réelle, ce genre de sentiment peut apparaître. Parfois, les remarques de certaines personnes peuvent nous faire nous sentir seules face à nos problèmes. Je suis sûre qu’elles ne pensent pas à mal. Mais sous la pression sociale peut-être, elles veulent montrer que tout va bien chez elles, que leurs enfants sont géniaux. Dans une société qui met un telle pression sur les parents (et surtout sur les mères), personne n’a le droit à l’erreur.

Oui mais le problème, c’est que quand on est honnête comme moi (et très naïve aussi!), certaines conversations ressemblent un peu à ça:

Moi: C’est la galère, je n’arrive pas à faire manger des légumes aux garçons.

(vous aurez remarqué qu’à aucun moment je ne demande de conseils! Je voulais juste me plaindre, parce que ça fait du bien des fois!!)

Maman n°1: Ah bon???? Moi chez moi, pas du tout! Je fais un bonhomme dans l’assiette, cheveux en carottes râpées, nez en tomate et yeux en concombre. Ni vu ni connu je t’embrouille et ils adorent ça!!

(J’ai essayé. Les cheveux ont fini par terre et la tomate dans le nez du petit frère. J’ai arrêté!)

Maman n°2 (pendant que je me décompose): Ah oui, chez moi c’est pareil. Aucun souci! Nous on fait des salades parties: chacun met ce qu’il veut dans son assiette et c’est la fête!

(bon, ça, ça marche plutôt bien. Mais c’est pas le problème! J’avais juste besoin de compassion!)

J’espère exprimer mon opinion clairement: je ne critique pas ces mamans. Je suis sûre que tout cela part d’un bon sentiment. Mais cette phrase “ah mais non, chez moi pas du tout!” n’aide absolument pas!! Elle ne fait que renforcer le sentiment d’isolement de la personne en face (en l’occurrence Moi!) qui, 2 secondes auparavant, avait juste envie de boire un coup pour oublier que ses enfants étaient pénibles!

Il ne faut pas avoir honte de dire la vérité et je pense que les pères n’ont pas ce problème (je sens que je vais encore recevoir des mails ravis!). D’abord, la plupart ne parlent pas des enfants mais quand ils en parlent, ils sont plus honnêtes. La société ne porte pas le même regard sur eux. S’ils avouent un problème avec leurs enfants, ils seront moins vite jugés ‘mauvais pères’.

Je sais que certaines personnes vont lire cet article en se disant “la pauvre, elle n’a pas d’amis”. Tant mieux si vous ne vous reconnaissez pas dans ce que j’écris. Tant mieux si vous êtes entouré seulement de personnes bienveillantes. Quant à moi, je peux juste vous dire que le genre de conversation décrit un peu plus haut ne m’arrive presque plus. Car maintenant, j’ose dire ce que je pense sans me soucier de ce que pensent les autres. J’arrive aussi à prendre du recul et je sais que malgré tout, tout le monde est dans la même galère avec ses enfants. Et j’ai su m’entourer moi aussi de personnes bienveillantes.

Mais je pense malgré tout que des mamans se reconnaitront. Et j’ai juste envie de faire passer le message qui me tient tant à cœur

Mesdames, soyons solidaires. La société n’est pas tendre avec nous, alors il serait temps de l’être entre nous, non?

16 Comments

  1. Merci pour cette article si déculpabilisant.
    A l’inverse, moi j’ai toujours été très honnête sur mes sentiments fasse à la maternité, quitte à passer pour une mère indigne et égoïste mais finalement les mères de mon entourage y ont vu un signe pour également se confier sur leur difficultés. Finalement, lorsque l’on discute de nos enfants, on a toutes le même discours, toutes les mêmes galères et on se donne quelques astuces en toute bienveillance.
    Effectivement, il ne faut pas avoir honte de ne pas être une mère “parfaite” (ce qui n’existe certainement pas) et ces comptes instagram si culpabilisant… qui c’est ce qui se passe dans ces famille une fois l’appareil photo éteints?

    • MErci beaucoup pour ton commentaire. C’est génial si tu as pu t’entourer de personnes honnêtes. Comme je le disais dans mon article, maintenant, c’est ce que je fais. Comme tu le dis, on est tous dans la même galère et il n’y a pas de honte. Alors serrons nous les coudes! Et bien sûr ça ne veut pas dire qu’on n’aime pas nos enfants!!

  2. J’adhère totalement avec cet article! Qu’est-ce qu’elle m’a prise au dépourvu, cette solitude, quand je suis devenue maman! Famille et amies proches loin, j’en ai connu des journées bien seule, même avec mon bébé. Mais ce bébé, je l’ai ardemment voulu, 28 mois de lutte pour l’avoir, alors franchement, j’avais seulement le droit de me taire, non? Seuls le temps et l’expérience m’ont appris que non, je n’étais pas astreinte au silence, surtout qu’en définitive, toutes les mamans de bonne foi vivent globalement la même chose!

    • Merci beaucoup pour ton commentaire. Effectivement, nous vivons toutes les mêmes galères alors osons parler et la société sera bien obligée de changer d’attitude à notre égard!

  3. Entièrement d’accord ! On ne se rend jamais compte de la souffrance qui peut exister chez certaines mamans, dont on pense qu’elles ont “tout pour être heureuses” !

    • Oui, c’est ça. On s’arrête aux apparences mais c’est aussi notre ‘faute’. Nous devons oser parler et dire les choses avec honnêteté, alors la société changer peut-être de discours à notre égard!

    • Merci beaucoup. Je suis très émue de ton commentaire. C’est mon souhait le plus sincère d’aider les autres. Merci encore

  4. Clairement je me sens hyper isolée depuis que je suis maman. Je suis la première et la seule de mes amies à avoir eu des enfants. Il y’a un fossé d’incompréhension. J’ai détesté mes congés maternité car justement je ne voyais personne et je me sentais tellement seule face à mes peurs et aux pleurs de mon bébé. Je trouve vraiment dommage qu’il n’y ait pas plus de groupes maman/bébés en France. Il existe des espace de “rencontres” mais genre un jeudi après-midi par mois …

    • Merci beaucoup. Je suis tout à fait de ton avis. Je trouve qu’il n’y a pas de structures pour épauler les mamans, sans que ce soit trop lourd, trop culpabilisant ou médicalisé. Justement, je suis en train de réfléchir pour créer une structure de ce genre.

      • Je me greffe sur le commentaire de WorkingMutti (hallo ! 😉 ) mais si tu parles allemand, regarde du côté de l’Allemagne, notamment de ses grandes villes car il y a une offre pléthorique d’activités pour femmes enceintes, jeunes mamans avec bébé, jeunes mamans sans le bébé, jeunes mamans avec le bébé et une offre de garde pour le bébé, etc.

        • MErci beaucoup. Je trouve ça génial comme concept. ça manque clairement en FRance je trouve.

  5. Une description très juste de notre quotidien de Lonely mummy
    Bravo

  6. Merci pour cet article ! Je me suis bien reconnue, notamment pour mon aîné. Je ne connaissais pas grand monde dans ma nouvelle ville, et aucune femme avec des enfants. Pour ma cadette, j’ai eu la chance d’être enceinte en même temps que deux amies. De très beaux souvenirs avec nos gros ventres puis nos bébés. Pour ma benjamine, j’avais mon cercle d’amies même si aucune n’était enceinte en même temps que moi.
    Ici, à Hambourg, je suis devenue amie avec les mamans des amis de mes enfants. Mais il a fallu que j’attende que l’aîné ait au moins cinq ans… et ce fut long.

    • Merci beaucoup! ça fait vraiment du bien de voir qu’on n’est pas seule à ressentir cela. J’avais très peur avant d’écrire cet article. Encore merci

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