Commençons déjà par la définition du sexisme ordinaire.

Ce sont des stéréotypes et des représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes.

Je ne suis ni sociologue, ni psychologue. Je ne vais donc pas me lancer dans une analyse profonde du phénomène. Vous pouvez par exemple aller voir cet excellent dossier du magazine Le Temps, Le sexisme ordinaire.

J’ai plutôt envie de vous parler de ma propre expérience. Il y a encore peu, je ne savais pas vraiment reconnaître ce qu’était le sexisme ordinaire. Je prenais certaines remarques de manière personnelle. Je vais vous donner un exemple concret. De premier abord, on m’a souvent dit que j’avais l’air froide, distante. Et il m’est arrivée assez souvent de m’entendre dire le fameux

Ben, souris! Pourquoi tu fais la tête?

C’est arrivé lors de soirées ou lorsque des personnes pensant sans doute me rendre service, me faisaient remarquer que je n’envoyais pas d’ondes positives. N’ayant pas confiance en moi, je me disais qu’ils avaient raison, que je n’étais pas sympa et que je devais m’ouvrir aux autres. Et puis, un jour, j’ai compris. J’ai compris que ces remarques étaient tout simplement sexistes, que ces mêmes personnes n’iraient jamais dire cela à un homme. On attend d’une femme qu’elle soit douce, gentille, calme, un peu comme si elle devait être en représentation permanente.  Un homme peut avoir l’air dur et froid. Au pire, on en pensera pas moins mais on ne lui dira pas. C’est normal. Mais une femme? Non!

Non seulement je ne souris pas facilement, mais en plus j’ai la fâcheuse tendance de dire ce que je pense et d’avoir des opinions qui peuvent être tranchées. Vous êtes assis? Il m’arrive même de contredire mon mari en public! La traitresse! L’infâme!! Que fait la police? Nous sommes au 21ème siècle et pourtant ce genre de comportement me vaut encore quelques belles réflexions de messieurs pas encore sortis de leur caverne.

Vous ne vous retrouvez pas dans ces exemples? Laissez moi vous en donner d’autres car malheureusement, il y en beaucoup…

  • quand les invités arrivent et qu’ils voient mon mari en train de faire à manger: “non, mais c’est Jules qui fait à manger? T’as de la chance d’avoir un mari comme ça!”. Et alors, si en plus c’est super bon, là, ils ont limite un orgasme! Moi, si je dis que j’ai fait à manger les 6 jours restants, tout le monde s’en moque. Le pire, c’est que ces phrases sont prononcées aussi par des femmes et devant des enfants. Comment ancrer des stéréotypes en 1 leçon!
  • chez le garagiste (ou tout autre milieu masculin): le ton employé est souvent proche d’un ton condescendant. Je me souviens d’une fois où j’étais allée chercher ma voiture et où ,au moment de repartir, le garagiste était sorti pour me guider avec des gestes dignes d’une hôtesse de l’air pensant sans doute que je n’étais pas capable de faire la manœuvre…
  • lorsque je dépasse un homme dans sa voiture: il roulait tranquillement mais en se voyant doubler par une femme, il se rend compte soudain qu’il est très pressé.  Quand j’étais plus jeune, il m’arrivait aussi très souvent de me faire klaxonner par des routiers.
  • à l’école de mes garçons: pendant 10 jours, Jules a emmené Numérobis le matin à l’école. J’arrive enfin à me dégager du temps pour l’emmener. La maîtresse me ‘tombe’ dessus pour me dire tout ce qui n’allait pas…depuis quelques jours. L’avait-elle dit à Jules? Noooon, elle a attendu de me voir moi, la maman, parce que…??
  • Numérobis est malade chez la nounou: Jules est dans le milieu médical donc beaucoup mieux placé que moi pour répondre aux questions sur la santé, non? Eh bien c’est quand même moi qu’elle a appelée à 10h du matin, en plein cours, pour me demander ce qu’il fallait qu’elle lui donne comme médicament. Pourquoi? Parce qu’une maman est toujours disponible et qu’un papa au travail ne doit pas être dérangé bien sûr.
  • Quand j’étais enfant et que je disais que je voulais être prof, 90% du temps, la première réflexion était “tu as raison, prof c’est un très beau métier pour une femme. Tu pourras t’occuper des enfants pendant les vacances”. Je pense que j’aurais quand même fait prof mais je me demande parfois à quel point ce genre de phrases m’a influencée.
  • le fameux “t’as tes règles?” quand je suis de mauvaise humeur.

Je dois sûrement en oublier plein. Rien qu’en écrivant tout cela, je suis en colère.  Je ne supporte pas de voir qu’au quotidien, on continue encore à dévaloriser les femmes comme cela. On perpétue les différences et on relègue les femmes au rang inférieur.

Alors, s’il vous plait, que vous soyez un homme ou une femme, et surtout s’il y a des enfants avec vous, faites attention à ces gestes et à ces remarques  qui ne paraissent pas graves mais qui peuvent influencer des choix de vie, des comportements et qui peuvent même détruire des confiances en soi. 

 

7 Comments

  1. Pingback: Pourquoi je ne comprends pas la notion de charge mentale - Maman 4.0

  2. ahaha une nouvelle fois c’est tout moi !

    Chez moi ce n’est plus “t’as tes règles ?” mais “c’est la ménopause ?”

    Mais mince quoi !

    Allez à bientôt pour une nouvelle lecture de tes articles !
    J’adore !
    PS : et bon week-end de relache de réseaux sociaux 😉

    • Merci beaucoup! Quelle honte ces remarques sexistes!! On en a marre! A bientôt et merci pour tes encouragements.

  3. Je suis tombé sur ton article grâce à Pinterest et je dois dire que je te suis parfaitement. Étant étudiante en sociologie mention étude de genre (ahah coucou), je comprends que ces remarques peuvent te mettre en colère. Tu exprime, d’ailleurs, très bien le problème, la meilleure analyse est celle qui parle de vécue. Je suis donc très touchée que tu es exprimé ton ressentis sur le sexisme ordinaire qui est encore bien trop présente dans notre société. Merci de le dénoncer mais surtout de souligner l’importance de s’en défaire que ce soit pour les hommes mais aussi pour les femmes.
    Gaëlle

  4. Woah, c’est vrai, c’est tellement ça ! Mis bout à bout, ces exemples constituent une liste à charge édifiante ! Et du sexisme entretenu par les femmes aussi, souvent par facilité, par confort. Juste pour être sûr de communiquer avec le “bon” parent : le plus concerné et investi dans l’éducation des enfants.

    • Merci pour ton commentaire. Oui tu as tout à fait raison: le fait que ce soit souvent des femmes qui fassent de telles remarques est vraiment ce qui me chagrine le plus. Cela prouve à quel point on a intégré ces stéréotypes, à tel point que nous mêmes les perpétuons!! Il faut vraiment en prendre conscience pour y mettre un stop!

Write A Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.