Je ne sais pas si vous connaissez Ali Wong. C’est une actrice/humoriste américaine qui vient de voir 2 des ses one-woman shows diffusés sur Netflix. Je ne la connaissais pas non plus je vous rassure. Mais j’ai regardé ce show ‘Baby Cobra’ et voici la phrase que j’ai retenue:
“Vous savez pourquoi on ne demande jamais à un homme comment il fait pour concilier sa vie privée et sa vie professionnelle? Parce qu’il ne le fait pas!”
Cette petite phrase résume à elle seule le fruit de mes pensées de ces derniers mois.
Petit retour en arrière. Il y a 5 mois environ, je me rends à mon travail comme d’habitude. Je travaille un peu, parle à un collègue qui passe par là et qui repart. Tout va bien… Mais tout à coup, mes mains commencent à trembler. Je sens les larmes monter. Je ne respire plus normalement. Ma petite voix intérieure ( vous savez, celle qui sait tout sur vous avant vous ) comprend que je fais une crise d’angoisse. Je n’ai pas le choix: je dois fuir. Comme si ma vie en dépendait. Je ne peux plus rester dans ce bureau.
A partir de ce moment là je comprends que j’ai tiré sur la corde ou je préfère dire l’élastique. On tire encore et encore. Ça va bien tenir non? Allez encore un peu. Un petit peu plus… Allez enco…. Bam! Il vous a explosé entre les doigts et ça fait mal. Diagnostique: pré burn-out (pour en savoir plus, vous pouvez aller lire mon article Le burnout mixte)
Eh bien c’est ce qu’il m’est arrivé. Topo: je suis prof. Je vous vois venir: elle a beaucoup de vacances. Pas le débat du jour (sûrement une idée pour un autre article) mais je reviendrai sur ce point. Jules a un travail très prenant et rentre tous les soirs vers 20h. Donc je m’occupe des 2 monstres, enfin pardon, des 2 aaaaaadorables garçons.
Je plaisantais souvent auprès des collègues en sortant de mes cours en disant :” allez, je vais commencer ma 2ème journée de travail, tu sais, celle pour laquelle je ne suis pas payée!”. Mais je ne croyais pas si bien dire. Je ne me suis pas rendu compte qu’effectivement, je cumulais bien 2 journées de boulot en une! J’ai accumulé de la fatigue qui s’est transformée en épuisement. Je voyais bien que je n’y arrivais plus mais je ne me donnais pas le droit de me reposer. Pourquoi? Un seul mot: culpabilité
On parle beaucoup de la charge mentale des femmes. Mais on ne dit pas d’où elle vient. Nait-on avec lorsqu’on est du sexe féminin? Est-elle dans notre patrimoine génétique? Je ne pense pas. Elle est construite par la société qui attend beaucoup plus de nous que des hommes.
Vous ne me croyez pas? Lisez la suite.
Dès le plus jeune âge, on attend plus de nous. Une fille est plus calme, plus douce. Si elle est trop active, c’est un garçon manqué. On s’attend à ce que nous réussissions nos études parce que nous sommes sérieuses et travailleuses, réfléchies et posées. Intelligentes? Pas sûr que ce soit le premier adjectif qui vienne à l’esprit des gens. Et on réussit souvent nos études d’ailleurs (les filles comprennent sûrement très tôt que c’est un bon moyen pour s’émanciper).
Pression par rapport à notre apparence physique. Un homme avec un petit ventre? C’est un bon vivant. Une femme? Elle s’est laissée aller.
Au travail, les femmes doivent en faire 2 fois plus pour prouver qu’elles le valent bien (à dire en balançant sa belle chevelure). Tout va être examiné: ce qu’elles portent (trop décolleté, trop moulant, trop moche…), comment elles se comportent (trop autoritaires, trop gentilles…). Une femme carriériste? Une ambitieuse prête à tout = négatif. Un homme carriériste? C’est bien, il a de l’ambition, il ira loin = positif.
Vient le temps des enfants. Les ennuis commencent souvent dès le congé maternité: ‘Mais tu reviendras avant la fin du congé hein?’, ‘Tu vas prendre un congé parental après? Un temps partiel? Comment on va faire?’. Quand les enfants sont là, arrivent les premières maladies et les premières journées de travail manquées pour pouvoir garder ses enfants.
On ressent la pression tout le temps, dans toutes les circonstances, et surtout quand on devient maman. La pression se transforme vite en culpabilité.
Nous sommes mises au banc des accusées dans un tribunal où les juges sont… ben tout le monde en fait!
Accusées, levez vous!
Vous travaillez le mercredi après midi??
Vos enfants font de la garderie??
Vous avez pris du poids avec vos grossesses?
Vous êtes passées au maillot de bain une pièce?
Vous n’avez pas voulu/pu donner le sein??
Vous n’avez pas fait de la purée de patates douces parfumée au yuzu?
Vos enfants ont 5 ans et ne sont pas trilingues?
Vous n’arrivez pas à boucler le dossier au travail??
Verdict: vous êtes reconnues coupables de laisser-aller. Sentence: épuisement à perpétuité!
Maintenant relisez ce que je viens d’écrire et imaginez que l’on dise cela à un homme… Impossible n’est-ce pas? Jamais on ne leur fera sentir ce poids de culpabilité. Jamais on le leur demandera pourquoi ils ne prennent pas un temps partiel pour s’occuper des enfants.
Là est l’injustice. Là est l’inégalité.
Je sais déjà que les hommes qui vont me lire diront que eux aussi ressentent la pression de la société. Oui messieurs je sais que vos vies ne sont pas toujours faciles. Vous devez nous protéger (enfin c’est que la société vous fait croire parce qu’on peut se débrouiller toutes seules, merci bien). On s’attend à ce que vous ayez un bon travail (euh, encore faux: nous ça ne nous pose pas de problème de gagner plus que vous!). Mais ce sentiment de culpabilité? Réfléchissez bien et soyez honnêtes. Vraiment.
Je sais aussi que toutes les femmes ne se reconnaitront pas et vous savez quoi? TANT MIEUX!!! Mais en parlant autour de moi, je me rends compte que nous sommes beaucoup dans ce cas. Encore beaucoup trop. Nous n’osons pas avouer notre mal-être et d’ailleurs, l’ironie de l’histoire c’est que très souvent les remarques les plus dures ne viennent pas des hommes, mais des femmes. Jalousie? Malaise? Peur que si elles avouent qu’elles ne sont pas parfaites, elles seront jugées elles aussi?
Alors mesdames, vous n’êtes pas coupables! Vous êtes imparfaites comme 100% des êtres humains sur terre. Osons dire tout haut ce que nous pensons! Non, ce n’est pas facile de s’occuper des enfants, oui parfois on a envie d’en faire de la chair à saucisse. Oui on a le droit de mettre un jogging et de ne pas se maquiller pour emmener les enfants à l’école.
Soyons solidaires. Soyons fières d’être nous mêmes. Vivons nos vies. Réalisons nos rêves.

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