Avant toute chose, je pense qu’il faut revenir sur un point essentiel: le mot ‘féministe‘ n’est pas un gros mot. Il ne fait pas non plus seulement référence à des mouvements extrémistes (que je ne jugerai pas ici). Il veut simplement dire ‘être en faveur de l’égalité hommes-femmes’, rien de plus.

Donc, si on suit cette définition toute simple, tout le monde normalement constitué devrait se décrire comme féministe, homme comme femme. Tout le monde me suit? (ps: si certains ont déjà envie de me lyncher en place publique,  il est encore temps d’arrêter de me lire!)

Donc oui je suis féministe et cela ne me pose pas de problème de le revendiquer au quotidien. Je suis pour l’égalité hommes-femmes. Malgré le fait que nous soyons au 21ème siècle, il reste encore bien des combats et selon moi, tout commence par l’éducation.

Celle des filles en leur apprenant qu’elles ont le droit de faire tous les métiers qu’elles veulent, en ne les enfermant pas dans des stéréotypes du genre ‘princesse attendant son prince charmant’. Ou bien encore en leur expliquant que non elles n’ont pas besoin d’avoir toutes les vacances pour bien s’occuper de leurs enfants et que le papa peut aussi mettre la main à la pâte.

Je pense qu’au fond, en bonne féministe que je suis, j’avais envie d’avoir une fille pour en faire une femme forte, libre de ses choix et de ses actes. Mais le destin a voulu que j’aie 2 garçons. Et finalement, je me dis qu’il est peut-être là le vrai challenge: les élever pour en faire des hommes respectueux des femmes. Je refuse de penser qu’un jour ils pourraient devenir des ‘petits mecs’ alimentant le patriarcat poussiéreux. Ou pire, m’imaginer qu’un jour ils puissent faire du mal (même sans le vouloir) à une fille me donne des frissons.  Cela parait simple: il suffit de bien les éduquer, de leur transmettre le bon exemple et tout ira bien. On trouve de très bons conseils, comme ici dans un article du magazine Biba, Tu joueras à la poupée mon fils ! Les 10 règles d’une éducation antisexiste.

Mais ce n’est pas si facile car la société n’est pas encore libérée de tous ses préjugés. Et de plus, nous avons parfois peur de mettre nos enfants dans des situations délicates.

Voici les défis que j’ai repérés jusqu’à maintenant.

La gestion de leurs émotions

Montrer à un garçon qu’il a le droit de pleurer, d’avoir peur semble normal et sain, bien sûr. Oui, mais s’il pleure devant ses copains, s’il a beaucoup de peurs, ne risque-t-il pas d’être mal vu, d’être rejeté?  Comme vous le savez peut-être si vous avez lu mon article sur mon hypersensibilité,  montrer sa sensibilité dans une société qui valorise les durs à cuire et la puissance n’est déjà pas facile quand on est une femme alors quand on est un homme, c’est encore plus difficile. On attend d’un homme qu’il soit fort, que ce soit lui qui prête l’épaule pour pleurer et pas l’inverse. Donc préparer ses garçons à faire l’inverse n’est pas chose aisée.

Être leur référence féminine

Bien sûr mes garçons sont entourées de figures féminines au quotidien (grands-mères, maîtresses, nounous…) mais il n’empêche que je suis leur modèle numéro 1. Rien de plus fort qu’une maman pour montrer l’exemple. C’est une pression supplémentaire. Mon mari n’est pas du tout macho, il fait énormément de tâches ménagères à la maison donc je pense que nous offrons un bon exemple au sujet du partage des tâches mais le problème est que Jules travaille quand même plus que moi et je gère davantage le quotidien.

Je sens bien que les garçons me prennent souvent pour ‘acquise’.  ‘Maman est tout le temps là, c’est elle qui vient nous chercher à l’école, qui nous fait faire les devoirs, qui prépare à manger au quotidien’. Quand je ne suis pas présente à ces moments là de manière exceptionnelle, ils sont un peu déboussolés.  Et je les ai déjà entendu dire que papa travaille beaucoup mais pas maman.

Je rectifie la vérité, je leur explique mais c’est difficile de leur faire comprendre que ce n’est pas obligé que ce soit la maman qui s’occupe des enfants quand c’est le cas dans la plupart des familles de notre entourage (et en général de toute façon). Les mamans sont souvent plus présentes que les papas. Dans ce cas, on fait un peu du ‘fais ce que je dis, pas ce que je fais’.

Ne pas les enfermer dans les stéréotypes de genre

Je me souviens très bien d’un très joli polo rose que j’adorais mettre à Junior lorsqu’il avait 2 ans environ. En plus, à cette époque, il avait les cheveux un peu longs et ondulés.  A chaque fois, il y avait quelqu’un pour nous demander si c’était bien une petite fille. Vous dire que je m’en moquais complètement serait mentir. Je n’ai pas non plus arrêté de lui mettre ce polo du jour au lendemain. Mais j’ai quand même l’impression que ce genre de réaction impacte mon choix au moment d’acheter des vêtements. De toute façon, ce choix est déjà fortement conditionné par ce que me proposent les boutiques. Difficile de trouver des t-shirts avec des licornes pour garçons. Et s’il y en avait, est-ce que je les achèterais si mes garçons me les réclamaient? N’aurais-je pas peur de les voir se faire ridiculiser par les petits copains?

Au moment de Noël, revient très fréquemment le débat sur les jouets et les stéréotypes filles-garçons. Mes garçons n’ont jamais voulu jouer avec des poupées. Quand ils en avaient entre les mains, ils leur faisaient faire la course ou bien elles finissaient en missiles. C’est comme ça. Certains en me lisant se diront que nous n’avons pas assez insisté mais à quoi bon? Faut-il absolument que les garçons jouent aux poupées pour en faire des hommes prévenants avec les femmes? Quand je vois des jouets sexistes, je leur explique mais je ne vais pas insister coûte que coûte pour qu’ils aient envie de jouer avec une poupée, je l’avoue. Je devrais?

Encourager les amitiés et les jeux avec les filles

Jusqu’à ses 6 ans, Junior n’avait pratiquement que des copines. Nous n’y avons jamais vu aucun souci, au contraire.  Mais cette année, les filles ne veulent plus jouer avec lui et lui, a commencé à s’éloigner d’elles aussi car elles jouent à des jeux qui ne l’intéressent plus: corde à sauter, élastique… Alors il s’est rapproché des garçons de sa classe. Le problème c’est que eux aussi jouent à des jeux qui ne lui plaisent pas: il déteste le foot, il n’aime pas les bagarres. Il se retrouve donc un peu entre les 2 groupes. Sommes-nous tentés de lui dire d’aller plutôt voir les garçons que les filles? Je suis honnête alors je dois dire oui car nous avons peur de voir le léger décalage actuel s’agrandir un peu plus. Nous craignons qu’il se retrouve marginalisé et nous pensons certainement qu’il lui sera plus simple de s’adapter aux jeux de garçons. Tort ou raison…?

Éviter les phrases de comparaison

‘Mange des légumes si tu veux être grand comme papa’, ‘finis ta viande si tu veux avoir des muscles comme papa’ (oui, oui Jules est grand et très fort, dédicace à toi mon homme!).  Ce sont des phrases que j’ai déjà prononcées et que j’évite de dire à présent, me rendant compte de la pression exercée sur mes garçons et du stéréotype que ces phrases perpétuent. Mais avouez que ces phrases ne sont pas extra-ordinaires, que vous ou quelqu’un de proche les avez déjà prononcées. Un garçon doit être fort et grand…et une fille, fine et douce?? J’essaie donc de complimenter mes garçons sur leur imagination fertile, sur leur gentillesse et leurs talents d’artistes, pour leur montrer que s’offre à eux une palette infinie de qualités.

 

Attention, mon message n’est pas du tout de dire qu’il est plus facile d’élever des filles que des garçons. Bien évidemment, ce n’est pas ce que je pense. Mais parfois on entend dire qu’on a peur POUR ses filles, peur qu’elles fassent de mauvaises rencontres et qu’elles soient en danger, qu’elles deviennent des victimes.  Lorsqu’on a des garçons, on peut avoir peur D’EUX: peur qu’ils deviennent de mauvaises personnes, encore une fois, même sans le vouloir ou sans s’en apercevoir.

Si on ne se pose pas de questions, si on se dit que les garçons sauront mieux se défendre, qu’ils auront plus facilement accès aux matières scientifiques car ils seront valorisés par le système éducatif, alors, oui, élever des garçons est facile. Mais dès qu’on commence à se poser les bonnes questions, les réponses ne sont pas aussi claires.

Moi, des questions, je m’en pose au quotidien. J’espère que moi et Jules ne nous trompons pas trop pour faire en sorte que plus tard, ils deviennent des hommes persuadés de l’égalité hommes-femmes.

 

 

12 Comments

  1. Moi, je viens d’une famille assez atypique. Mon père est machiste et ma mère, féministe. Mon frère était le tout sensible et moi, la dure à cuire, qui ne montrait pas sa sensibilité. J’ai un petit garçon très sensible et j’adore ça chez lui. Il va avoir 7 ans et jamais, je n’ai eu peur qu’il montre ses émotions parce que j’ai vu mon frère grandir et que j’aime ce qu’il est devenu. Pour le polo rose, j’avoue que je bloque un peu alors que mon père, le machiste met des pulls roses et oranges et pour ce qui est des poupées, c’est comme toi. Elles finissent en missiles ou en ennemis à abattre 😀 …En fait, perso, mon but, c’est d’élever mon fils en lui apprenant à respecter les femmes et à affirmer sa singularité.

    • Merci pour ton commentaire. Oui tu as tout à fait raison: il faut apprendre à ses enfants le respect de l’autre dans toute sa différence et leur apprendre à être fiers de leur personnalité. Mais parfois, il n’est pas facile de passer outre le regard des autres et de se dire que nos enfants peuvent être attaqués pour ce qu’ils sont…

  2. Un grand merci pour ton article ! Je te rejoins à 100%. Nous, on lui a offert une cuisine à Noël , il n’avait pas deux ans 😊. Il y a un mot qui me vient qui résume selon moi ton article : le respect. Respect de soi (ses émotions, ses envies…) et des autres (notamment des filles mais aussi des minorités). Je n’ai pas de fille mais ce serait intéressant de faire un article « comment élever une fille quand on est féministe ? » car l’excès n’est jamais bon 😉. Encore bravo pour ton article 👏

    • Merci merci pour tes encouragements! Oui le respect est au coeur de toutes les relations humaines, ou en tout cas il devrait! Il faut faire un appel aux autres mamans de filles pour faire un article qui serait effectivement très intéressant. Car là aussi, pas facile de trouver les mots justes. A bientôt!

  3. J’ADORE ton article ! Tu décris exactement ce que je pense ! Je suis maman de trois garçons et je me dis maintenant que j’ai autant la pression que les mamans de petites filles car le changement doit aussi venir des hommes. Un de mes fils est hyper sensible et adore le rose et les princesses. Pour le moment ça se passe bien à l’école, il passe plus de temps avec ses copines qui me disent qu’il est “le plus chou de la classe”. Son frère jumeau lui est très calin avec tout le monde, bien loin du petit mec gros dur.

    Mais jusqu’à quand tout ça va pouvoir passer ?

    • Merci beaucoup pour ton joli compliment qui me va droit au coeur. Oui moi je trouve aussi que la pression est presque plus forte quand on a des garçons car on doit en faire de futurs hommes bien tout en prenant en compte la pression de la société. Ah, si seulement on ne posait pas autant de questions… Oui mais voilà, on est des supers mamans (bon là j’essaie de me rassurer!!). A bientôt

  4. Ton article est SUPER ! Je te rejoins totalement. Notamment sur la question des stéréotypes, sujet auquel je suis très sensible. Et comme tu le dis, ça commence dès le plus jeune âge…
    De très bons conseils, merci pour ce billet !

    • Merci beaucoup pour tes encouragements! c’est très gentil. Oui c’est vraiment un sujet délicat car on connaît la théorie. On sait que l’on ne doit pas faire attention à ce que pensent les gens en général mais comment protéger nos enfants? Jusqu’où faut-il aller? N’hésite pas à partager tes idées. Je suis preneuse!! A bientôt

  5. Article très juste ! (Comme toujours 😜)
    Avec Léon, je jongle aussi entre mes idéaux et la société actuelle qui n’est pas tendre avec les mecs qui ne sont pas que force et virilité ! C’est bien plus facile d’apprendre à une fille d’être forte qu’à un garçon d’être doux je trouve.

    • Merci beaucoup!! Oui moi aussi je trouve que c’est presque plus simple de donner les clés à une fille pour en faire une femme forte (même si la société n’est pas tout à fait au point quand même) que de faire en sorte que les garçons trouvent leur place. Ils ont finalement beaucoup de pression sur leurs épaules maintenant, et nous mamans de garçons, on a cette forte pression d’en faire des mecs bien!

  6. Pingback: Florilège de la blogosphère [8.10.18] – Chez Lorette

    • Merci beaucoup pour la référence! J’espère avoir apporté quelques réponses à tes questions! A bientôt

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